Une pratique au prisme des 8 membres du yoga

Robin, rendu du 19 février 2026

Robin, rendu du 19 février 2026

Une pratique au prisme des
8 pétales du yoga

Piste d’introduction

Comme annoncé lors de mon premier rendu en octobre 2025, je poursuis mes rendus-devoirs de mentorat sur le style d’un carnet de recherche. Et celui-ci, aujourd’hui, tire vraiment sur la forme carnet de notes, sur un format plus libre que les contraintes que je m’impose à l’accoutumée. Pour de nobles raisons [je suis vraiment en recherche
et en travail, et j’essaie de les coupler avec mes pérégrinations sur l’histoire de yoga – en ce moment avec le livre de Clémentine Erpicum « Yoga, 2500 ans d’histoire » que je trouve passionnant], mais également pour de moins nobles raisons [le temps… en ce moment je suis rattrapé par beaucoup d’impératifs extérieurs].

Pour cet exercice à partir du texte d’Alan Good « YOGA SADHANA, A guide for Sadhakas and teachers, je choisis le concept de l’ashtanga yoga, les 8 disciplines des Yoga Sutra de Petanjali (YS II.29, p162), regroupés en trois catégories : « principes et observances », « pratiques » et « résultats »

[ça mériterait bien sur un schéma]

Voici mon plan de travail :

La partie 1 sera des notes, des bribes de réflexions à propos de ce qui m’a le plus intéressé. Malgré le fait que la pratique Iyengar porte particulièrement attention aux « pratiques » et aux « résultats » (selon les termes d’Alan Good), ce qui me turlupine et ce sur quoi je bute en
ce moment sont les « principes et observances ».

La partie 2 sera une esquisse du travail demandé, à savoir la mise à l’épreuve des concepts choisis (dans mon cas, l’ashtanga yoga) d’une pratique personnelle. L’objectif étant cette fois de balayer les 8 disciplines.
Je l’annonce tout de suite : ce projet m’a bien emballé, mais je me suis un peu cassé les dents dans le temps imparti. J’ai peut-être eu les yeux plus gros que le ventre.

Partie 1 : Quelques notes et réflexions en cours à propos des « principes et observances ».

La catégorie « principes et observances » concernent les fondations éthiques préalables à la pratique, comprends deux disciplines :

« Le Niyama est décrit comme le courant positif – il peut être appliqué et travaillé. Le Niyama contient le kriyayoga de l'effort, de l'étude de soi et de l'abandon.
Le Yama est orienté vers nos actions dans le monde et envers les autres, tandis que le Niyama est orienté vers nos actions en nous-mêmes.
Une base éthique ou un ensemble de valeurs est essentiel pour s'étudier soi-même. » 1

Si cela m’intéresse tant aujourd’hui, c’est qu’elles me posent quelques problèmes.

Je suis tiraillé entre 2 pôles problématiques.

Le premier pôle problématique est l’approche telle que décrite dans lumière sur le Yoga de BKS Iyengar, à savoir un ensemble de règles morales, universelles, qui s’appliqueraient à tous, en tout lieux et en tout temps, intemporel, absolu – et qui serait au fond à décliner, à
colorer fonction des cultures. Une sorte de 10 commandements… Si l’édiction de telles "règles-commandements" peut toujours se comprendre dans une époque donnée précise qu’il est intéressant pour des raison historiques d’étudier, je suis, pour moi même, tout à fait hermétique à ce genre de considérations. Je ne prends pas le temps d’argumenter dans
le détail le pourquoi, mais « en gros », je trouve ça autoritaire, et la/ma vie ne fonctionne pas ainsi. Les commandements et ne résistent pas longtemps à l’épreuve de la complexité de la vie.

Le second pôle problématique est l’approche techniciste de ces règles éthiques, telle que présentée par exemple dans l’Arbre du Yoga de BKS Iyengar, de la page 58 à 62. Dans son livre il imagine l’ashtanga yoga comme un arbre dont les racines et le tronc formeraient cette première catégorie. Et les principes de « violence » et de « vérité », par exemple, deviennent des règles de conduite à l’ « exécution » d’un asana. Je ne critique pas son approche qui est somme toute intéressante, ce n’est pas la question. Mais cette réduction à la technique pure [il faudrait donner des exemples] me semble être une belle pirouette pour
ne pas se mouiller au sujet épineux de ce qu’impliquent les « principes et observances » : le rapport de soi au monde, aux autres, et à soi-même.

C’est pourquoi ma tentative est de prendre un autre chemin : celui d’étudier, de relire, d’interpréter ces règles éthiques et morales2 en termes de rapport à soi et aux autres, tout en répondant à l’exercice demandé : que ces réflexions sur les racines et le tronc de l’arbre du yoga soient au service de ma partie 2, à savoir comment ils sont en lien direct avec la pratique.

A ce titre, je tiens à préciser cette note méthodologique : j’ai rédigé cette partie 1 après ma pratique d’étude. Cette partie 1 est donc reliée, malgré les apparences, directement à la pratique sur le tapis décrite en partie 2, car elles participe de transformer Citta au moment
de la pratique. Cher lecteur (cher Jean-Michel ! Bien le bonjour.), vous en jugerez vous-même en fin de la partie 2.

Aussi, les citations entre guillemets des termes des 8 membres du yoga, sont celles de la traduction française de Lumière sur le Yoga.

A_ Yama : « code moral », ou comment vivre avec les autres

(YS II.30, p164)

A.1. Ahimsa → de la « non-violence » à la bienveillance relative

(YS II.35, p171)

Les considération morale au sujet de la « violence en général », ne me parle pas trop. En effet, ce qui est violent pour les uns ne l’est pas pour les autres. Tuer un animal pour le manger peut être le paroxysme de la barbarie pour certains (alors si c’est un bœuf...), ou un acte tout à fait non-violent pour d’autres…

Personnellement, je pense qu’il y a mille et une situations où je peux considérer que la violence est tout à fait légitime3, utile4, voire à encourager5.

L’une des définitions historiques de Hatha yoga6 au 8e siècle de notre ère, serait l’usage de «  la violence, la force, l’obstination » par les techniques du yoga pour atteindre la libération.
Aujourd’hui, dans la pratique du yoga Iyengar, j’en ai discuté dans mon premier rendu de mentorat sur la douleur en octobre 2025 : nous avons besoin d’une certaine dose de violence pour nous transformer, dans la pratique. Sans quoi, il ne peut y avoir de transformation.

Donc, on l’a compris, au sujet de la violence ou non : tout dépend de quoi on parle, précisément.

Ceci étant, je me réapproprie tout de même Ahimsa avec grand plaisir. Dans le sens de lutter contre culture de la violence (et paradoxalement, je crois avoir besoin de violence pour cela) que ce soit en intention ou en acte (YS II.35) ; de faire attention à ne pas nuire aux autres sans d’excellentes raisons préalables et bien pesées (avec buddhi). Mais au lieu de parler de non-violence, j’opterais pour une notion plus enthousiaste, plus heureuse : travailler à la « bienveillance relative » - relative dans le sens où elle implique d’avoir toujours conscience que ce qui est bienveillant pour les uns est une violence inouïe pour d’autres.

Dans une salle de yoga, lors d’une pratique collective, le rapport des uns et des autres sur le tapis met souvent en lumière ces conflits de valeurs en travail. Que faire de la personne complètement absorbée qui ne se rend pas compte que je ne peux pas, moi, être absorbé si son bras tendu est à 2 cm de mon œil droit ? Que faire de la personne qui gentillement me demande si je veux une couverture qu’elle a ramenée exprès pour moi du stock de supports, mais qui, en parlant m’empêche d’entendre les instructions du professeur ou me sort complètement de mon état d’absorption ? La réponse est dans un premier temps, avoir
conscience que moi-même, avec mes comportements, je crée à n’en pas douter des réactions semblables, et je génère une dose de violence. Ce « relativisme » est censé (c’est en tout cas ce que je travaille mais j’ai encore du chemin) avoir une réaction sur moi-même. A savoir : ne pas prendre la mouche, ne pas être atteint personnellement, ne pas répondre à la violence par de la violence (un agacement est une violence). Sortir du cycle de la violence, en supprimant le désir (et son refoulement) même de violence (pas seulement l’action).

A.2. Satya → de la « vérité » authentique, au désir de cohérence et d’intégation

(YS II.35, p171)

[non rédigé. Ce qui m’intéresse n’est pas du tout la vérité. Mais la cohérence, l’intégration (dans un sens différent de l’intégration Iyengar, mais qui est-tout à fait comparable en même temps, c’est pourquoi je reprends le terme. A rédiger]

A.3. Asteya → du « non-vol », au partage et à l’inspiration

(YS II.37, p172)

« J’ai conçu des accessoires pour que les gens en bénéficient. Des milliers de personnes en bénéficient et continueront d’en bénéficier. Est-ce que Dieu dépose un brevet pour ses créations ? Alors, quel droit ai-je, simple mortel, de le faire ? »

Je trouve cette phrase de BKS Iyengar très belle. Malheureusement, cette philosophie n’est pas du tout appliquée dans l’Iyengar – que ce soit pour le nom, que ce soit pour la plupart des connaissances qui sont privatisées7. Dans la revue du sadhaka, libre et gratuite, nous ne pouvons pas utiliser les photographies de cette personne qui a écrit cette si belle phrase contre les brevets…

Pour ma part, tous les codes de propriété intellectuelle privatifs relèvent en partie « de la possession et du vol ». En tout cas il est intéressant de le voir ainsi : comme le vol des idées qui peuvent être créées par d’autres personnes, parallèlement, avant ou plus tard. En
empếchant également la possibilité de création par réappropriation – le yoga, qu’il soit Iyengar ou pas, n’est autre qu’une succession de réappropriations culturelles par les uns et les autres (je me réfère encore une fois à mon livre du moment de Clémentine Erpicum).

Donc, en effet, je n’ai pas de problème avec certains types de comportements qui sont habituellement qualifiés de « vol » : ceux qui « pillent honnêtement les voleurs », les connaissances pour les partager, les rendre libres, vivantes, accessibles à tous. En ce sens, je ne peux me réclamer de ce principe du non-vol.

Ceci-étant, sur le tapis, je me réapproprie Asteya dans sa connotation négative de la non-convoitise. Et cela n’a pas toujours été, et n’est toujours pas, évident : convoiter le corps d’un autre, plus souple, plus agile, moins douloureux… convoitise de la naissance (qui m’a fichu des épaules si bloquées ?), et de l’histoire (mais pourquoi n’ai-je pas commencé le yoga plus tôt, comme cette personne ?). C’est cela que je travaille, à ne pas convoiter.

Dans sa connotation positive, Asteya est pour la transformation de la convoitise (des corps, pour reprendre mon exemple) en inspiration. Être inspiré par les autres.

A.4. Brahmacharya → de l’abstinence, à la liberté

YS II.38 p172-174

(commentaire : je suis très embarrassé par la confusion faite par BKS Iyengar entre sexualité et procréation, quand il parle « d’énergie procréatrice ». Est-ce de la pudeur ?)

Je n’adhère pas tellement à ce besoin de rétention et d’abstinence – ou je ne suis peut-être pas encore prêt à devenir yogi ! Je comprends bien que dans le cadre d’une certaine physiologie du bindu, ce nectar vital qu’il s’agit de retenir et qui s’échapperait, entre autres, par les sécrétions issues des organes génitaux, on puisse envisager l’abstinence ; ou encore la nécessité historique pour certain de mettre un terme à des pratiques tantriques dignes des backrooms du lundi matin du célèbre club techno berlinois du Berghain8.

Personnellement, je souhaite affirmer : faites ce que vous voulez de votre bindu et de tous vos fluides, quand vous voulez, où vous voulez, avec qui vous voulez, autant que vous voulez.

Mais dans une société dont l’un des fondements repose sur la consommation du plaisir (dans un monde capitaliste, ces plaisirs sont cumulables, capitalisables), je me ré-approprie volontiers l’éthique du Brahmacharya tel que formulée dans le YS.II.7  (bien qu’il n’évoque pas ce concept) : « Le plaisir mène au désir et à l’attachement émotionnel ». Dit autrement, et à mon goût le problème n’est pas le plaisir, mais la recherche incessante du plaisir qui nous rend esclaves9.

C’est pourquoi, je n’ai aucun problème avec aucun plaisir quelconque, ni même de problème avec la dépendance (au sexe, aux drogues… à la pratique des asanas !). Ceci étant, je me sens paradoxalement assez yogi : le problème surgit quand la dépendance devient une obnubilation ; quand au lieu de nous donner un coup de pouce sur notre chemin (ici,
celui du yoga – de la libération même si vous voulez), elle nous enferme et nous détourne.

C’est pourquoi le plaisir est tout à fait entendable dans la pratique sur le tapis. Et pourquoi ne pas aller la rechercher, si cette recherche, à ce moment là de la pratique, est sensée. Et j’ai du mal à imaginer quel professeur de yoga aujourd’hui n’a pas, à un moment au moins, pris du plaisir à pratiquer intensément les asanas… souvent. Le tout est de ne pas en tirer d’orgueil ou de se détourner du chemin. [ET le tout est de l’étudier, d’en prendre acte. D’observer.]

A.5. Aparigraha → « sans possession »

(YS II.39, p174-175)

→ L’histoire du yoga classique, dont est issue le Iyengar en se référant au textes de Patenjali, est pleine d’ascètes. La logique ici pour moi est la même qu’au sujet de Brahmacharya.

→ J’aime beaucoup la lecture de BKS lorsqu’il interprète cette non-possession dans son volet non matériel : « être libéré d’attitude et de pensées rigides ». Dans la vie, sur un tapis…

→ Sur un tapis : [à faire]

B_ Niyama : « règle de vie déterminée », ou l’éthique personnelle

(YS II.32, p165-166)

[LA SUITE A VENIR]


  1. Traduit du document d’Alan Good à l’aide de la version premium de Kagi : https://translate.kagi.com/. 

  2. Qu’il serait intéressant de définir, comme différence entre les deux termes. 

  3. Exemple de la légitime défense. 

  4. Au réveil il me faut une dose de violence pour m’extirper d’un Citta endolori – et paradoxalement un Manas à calmer. 

  5. Il est parfois important à mes yeux qu’une personne ou un peuple se défende par la force, par l’usage de la violence. 

  6. Clémentine E, p144 

  7. Je connais les raisons, on les connaît tous : un enseignement certifié et de qualité pour éviter les abus… Je n’ai pas la prétention d’épuiser le débat ici en quelques lignes seulement. 

  8. Clémentine E : p147 qui ne parle pas du tout des pratiques scatologiques du Berghain, mais de certains us et coutumes et autres rituels tantriques où étaient conviés au festin des mélanges de sperme, cyprine, matières fécales dégustées dans des crânes d’être humains. Pratiques qui n’étaient pas au goût de tout le monde et qui, semble t-il, ont été réformées en proposant d’autres coutumes, d’autres rites qui ont participé à l’essor du Hatha Yoga. 

  9. Et vraiment, cela n’a rien à voir avec le BDSM… 

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